Une partie de golf en 1845 à St Andrews

Un feuilleton golfique et historique de Bernard CARMOIN

 

7ème et dernier épisode

L'ARRIVEE AU CLUB-HOUSE

En se dirigeant vers le départ, David Anderson prit la parole : « Comme je vous le disais ce matin, on envisage de séparer le green du dix sept du green du un: c’est une idée du jeune Tom Morris; selon moi, c’est une très bonne idée qui permettrait de fluidifier le parcours; ceci dit, elle ne fait pas l’unanimité et c’est la raison de la visite du comité aujourd’hui; mais revenons à notre match: gentlemen, nous sommes sur le départ de votre dernier trou, je vous rappelle les positions : Gordon Mc Homorn et Robert Walker: quatre trous gagnés; Sir Mulligan, avec trois trous gagnés, vous ne pouvez plus remporter ce défi, mais vous pouvez toujours terminer à égalité avec vos compétiteurs si vous gagnez ce dernier trou. Soyez attentifs aux conseils que Jim va vous donner ».

St andrews episode 6 tom morris jeune

Tom Morris

Celui-ci ne se fit pas prier : « Ce dernier trou mesure 453 yards; il ne présente pas de difficulté majeure: il faudra franchir le Swilcan Burn qui traverse le fairway à 120 yards environ, et veiller à ne pas envoyer la balle trop à droite sous peine de sortir du jeu; les cents derniers yards avant le green sont plutôt bosselés; enfin le large green se trouve sur la droite du club-house que l’on aperçoit devant nous.»

St andrews episode 6 le pont du swilcan burn

Le pont sur le Swilcan Burn

Sans lui demander son avis, Jim avait remis à Gordon Mc Komorn son long spoon et non son grassed drive; Gordon ne fit pas de commentaire et envoya sa plumeuse en plein centre du fairway à 180 yards.

« Bien joué, Sir, c’est là que je voulais que vous la mettiez », jubila Jim.

A son tour Robert Walker prit son stance; la largeur du fairway l’avait incité à prendre son driver; sa balle fut joliment frappée, un peu trop à droite toutefois.

« Aie, aie, aie » ne put s’empêcher de gémir David Anderson: la balle de Robert terminait son vol trop à droite emportée par le vent qui soufflait maintenant de gauche à droite.

« Je pense que votre balle est toujours en jeu; si ce n’est pas le cas, il faudra revenir en jouer une autre du départ selon la règle numéro huit qui précise que: s’il vous arrive de perdre votre balle parce qu’elle aura été ramassée ou de n’importe quelle autre façon, vous devez revenir à l’endroit où vous avez joué votre coup, jouer une autre balle et rendre un point à votre adversaire pour cette malchance » reprit David Anderson. 

Le jeune Jim se tourna vers Gordon Mc Homorn : « Vous avez bien fait, Sir, d’assurer le coup avec votre long spoon; avec le driver c’était risqué, dans la mesure où le fairway est maintenant orienté ouest / est et le vent que nous avions dans le dos depuis le trou numéro douze pousse maintenant les balles de gauche à droite ».

Sur le conseil de David Anderson, Sir Mulligan avait choisi de prendre son long spoon et de s’orienter délibérément à gauche ; son coup de cleck, trop nerveux, trouva le sommet de sa guttie, si bien que celle-ci ne prit pas de hauteur et finit sa course dans le Swilcan Burn.

« Par Saint Andrew ! » s’exclama-t-il.

« Aux résultats » annonça David Anderson et le petit groupe commença à descendre le fairway en direction du club house.

« Dites nous, Robert, quelles sont vos impressions concernant le sac que vous portez depuis près de quatre heures ? » demanda Sir Mulligan.

« Franchement, ça ne vaut pas un caddy, mais si l’on ne peut pas en avoir un, c’est une alternative intéressante, même s’il reste des améliorations à apporter au modèle que l’on m’a confié; c’est de tout façon plus commode que de garder ses clubs en main » répondit Robert Walker.

Le groupe approchait du Swilcan Burn et Jim était déjà parti à la recherche de la guttie de Sir Mulligan. « La voilà » dit il en la montrant du doigt. L’eau du ruisseau était très claire, et celui-ci n’était guère profond, il y avait tout au plus un foot de hauteur d’eau; déjà Jim avait ôté ses souliers et retroussé ses knickers ; quelques instant plus tard, il ramenait sa guttie à Sir Mulligan qui le félicita : « Merci mon garçon, je me serai bien passé de vous faire prendre un bain de pieds, mais voilà… » 

David Anderson intervint : « Gentlemen, excusez-moi de vous interrompre, mais le cours du jeu doit reprendre; Sir Mulligan je vous rappelle la règle numéro cinq : si votre balle va dans l’eau, ou sur toute surface d’eau, vous avez la possibilité de la sortir et de la poser derrière l’obstacle, de la mettre sur un tee, et vous pouvez jouer avec n’importe quel club, mais vous rendrez un point à votre adversaire pour avoir ainsi sorti votre balle de l’eau. »   

 Sir Mulligan plaça délicatement sa guttie sur un des tees que lui avait donné Robert Walker, prit son driver et accomplit quelques coups d’essai. Cette fois ci, son swing fut d’une grande souplesse: la balle, bien frappée, survola le fairway pour s’immobiliser à plus de 200 yards. « Bien joué, Sir » commentèrent Robert Walker et Gordon Mc Homorn.

Une fois le vieux pont du Swilcan Burn franchi, le petit groupe se dirigea vers la balle de Gordon. « Vous êtes ici, Sir, à 270 yards du drapeau » annonça Jim en donnant à Gordon son long spoon. Gordon Mc Homorn était en confiance: son swing traversa sa balle qui s’immobilisa sur le fairway légèrement au delà de la guttie de Sir Mulligan.

Jim, qui s’était élancé après la balle, avait déjà repéré, sur la droite, celle de Robert Walker à la limite du terrain de jeu. 

En découvrant sa balle, Robert ne put réprimer une moue dubitative: la configuration des lieux l’empêchait de jouer en direction du green, il fut contraint de jouer un petit coup de recentrage. « Maintenant, si j’ai bien compris, il faut que j’attaque le green, qui est à près de 200 yards ! » dit-il. Robert Walker saisit son play club et effectua plusieurs coups d’essai; sa plumeuse reposait sur un joli lie ; une fois encore il démontra une belle maîtrise des coups longs, sa balle fut superbement frappée, et termina sa course vers le green. « Joli coup, gentleman: si vous n’êtes pas sur le green, vous devez pas en être loin » commenta David Anderson.

Quelques instants plus tard Sir Mulligan déposait sa balle sur le green à son quatrième coup, et Gordon Mc Homorn terminait en fond de green à 15 yards du drapeau à son troisième coup.

La balle de Robert Walker était bien sur l’avant-green à 20 yards du trou; son approche s’immobilisa à 4 yards du drapeau. 

Sous les applaudissements de Jim, c’est finalement Gordon Mc Homorn qui prit le dernier point en terminant en cinq coups, devant Robert Walker et Sir Mulligan avec six coups.

Et David Anderson de conclure : « Merci gentlemen, pour cette agréable partie et bravo encore à Gordon Mc Homorn qui remporte ce défi avec cinq trous gagnés, devant Robert Walker quatre trous et Sir Mulligan trois trous.»

Les adversaires du jour se congratulèrent chaleureusement et s’engagèrent à renouveler cette expérience, pourquoi pas sur les links du Leith à Edimbourg.

« C’est une excellente idée, qui nous rappellera qu’il y a un siècle le Conseil de la ville avait instauré une compétition qui stipulait que le vainqueur gagnerait un « club d’argent » et serait nommé Capitaine du Golf. La première distinction fut remise à John Rattray. Pour ce qui nous concerne, le vainqueur, ici, se contentera de l’estime de ses partenaires. » ajouta Robert Walker.

« Chers amis, en attendant ce prochain challenge, je vous invite à fêter ma victoire au club-house. » annonça Gordon et la troupe se dirigea vers le colossal bâtiment.

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Le monumental club-house de St Andrews

 Ils y retrouvèrent Allan Robertson et les membres du comité. Dans la chaleureuse ambiance du salon, les discussions allaient bon train, les plus fameux coups de cleck du matin étaient bien sûr à l’honneur : le second coup de Sir Mulligan sur le trou numéro seize à partir du fairway du trois, l’approche de Mc Homorn sur le trou numéro huit, ou le drive de 290 yards de Robert au départ du trou quatorze…

« Au fait, Sir, avez-vous demandé à Allan Robertson ce qu’il pense du martelage de vos gutties » questionna Robert Walker.

« Effectivement, il me le conseille, je passerai le voir dans la semaine. » répondit Sir Mulligan.

Gordon Mc Homorn s’était rapproché d’Allan Robertson : « Alors Allan, comment s’est déroulé votre cours, ce matin ? »

« Fort bien, Félix Gibot est très attentif et il possède une réelle disposition pour ce sport, je vais le revoir bientôt car il séjourne en ce moment à Edimbourg où il recherche des partenaires commerciaux. »

Félix Gibot était chimiste à la compagnie du gaz de Saint Josse située près de Bruxelles ; cette société était administrée par un certain Florimond Semet, homme perspicace et averti, qui allait embaucher quelques années plus tard son neveu, Ernest Solvay, lequel allait devenir un géant de l’industrie chimique mondiale. Félix Gibot connaissait bien Alexandre Solvay, le père d’Ernest, qu’il avait rencontré lorsque celui-ci était Président de la Chambre de Commerce de Nivelle ; ils avaient rapidement sympathisé et lorsque son activité de chimiste lui en laissait le temps Félix Gibot se déplaçait en Europe pour promouvoir les productions d’Alexandre.

Sir Mulligan tapa l’épaule de Mc Homorn : « Gordon, je dois y aller si je ne veux pas rater mon rendez vous à Edimbourg; j’en profite pour ramener Robert Walker; encore bravo et merci, on se voit demain, de toute façon: vous avez un cours avec Tom et Jerry. »

« Exact, je serai au rendez vous.» 

Gordon reprit ses clubs, adressa un clin d’œil à Jim, et se dirigea vers le chemin côtier du Fife ; il était fier d’avoir remporté cette partie et avait hâte d’en faire part à Mary. En marchant, il pensa à son père, et se félicita qu’il lui fit connaître le golf.

FIN

6ème épisode

LES DERNIERS TROUS

« Le trou numéro seize, communément appelé « le coin de la digue », mesure 350 yards; il faut plutôt jouer sur la gauche, sans aller sur le fairway du trou numéro trois ; à 200 yards, il y a un ensemble de trois petits bunkers qui prolonge la végétation; enfin le green, qui est partagé avec le trou numéro deux, est défendu par un autre petit bunker.» annonça Jim en invitant Sir Mulligan à prendre son départ.

La pluie avait cessé, mais les équipements commençaient à être bien mouillés et les grips devenaient difficiles à maitriser ; la mise en jeu de Sir Mulligan fut médiocre, la trajectoire de sa guttie se termina en hook sur le fairway du trou numéro trois, ce qui fit dire, en aparté, à Robert Walker : « vous aviez raison, tout à l’heure, Gordon, plus la balle prend une mauvaise direction, plus elle va loin ! »

John Mc Homorn junior intervint: « Vous devriez faire marteler la surface de votre guttie, Sir: il vous serait plus facile de maîtriser sa trajectoire et elle irait vraisemblablement plus loin.»

« Vous croyez ?» s’étonna Sir Mulligan, vivement intéressé.

« Bien sûr, posez la question à Allan Robertson en arrivant, vous verrez ce qu’il en pense ! » répondit-il.

Sur les conseils de Jim, les mises en jeu de Robert Walker et de Gordon Mc Homorn furent prudentes, leurs balles s’immobilisant sur le fairway juste devant le groupe de bunkers.

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Les golfeurs, St Andrews (1847)

En descendant le fairway, David Anderson prit la parole : « Il y a quelques années, j’étais alors caddie et j’accompagnais un joueur fanatique. Nous étions sur ce fairway, il était au milieu de son back swing, quand un convoi funéraire passa sur la route que vous apercevez à droite. Immédiatement, il interrompit son geste, retira sa casquette, la pressa contre son cœur et inclina sa tête. J’étais impressionné, et je lui dis « j’admire votre profond respect pour le défunt. » Il me répondit : « Ce n’est que justice, elle me fut une excellente épouse pendant plus de quarante ans ». 

« Ce n’est pas possible, c’est une blague ! » s’exclama Sir Mulligan.

« Bien sûr que c’est une blague, quoi que … » répondit David Anderson. 

« A vous de jouer, Sir », dit-il, en lui glissant quelques conseils à l’oreille.

Le coup n’était pas facile à jouer, l’objectif étant de revenir sur le fairway en évitant la végétation à gauche, les bunkers en face et le chemin qui borde le parcours à droite. Sir Mulligan s’exécuta. Autant son premier coup avait été médiocre, autant le second fut bien frappé, mais aussi assez chanceux : sa balle, jouée en draw en direction des bunkers, finit sa course au-delà de ceux-ci, sur le fairway, à 100 yards du green. 

Les balles de Gordon et de Robert se situaient à 150 yards du green environ, mais ils choisirent tous les deux de continuer à jouer prudemment, compte tenu de l’étroitesse du fairway, bordé à droite par le chemin et à gauche par la végétation. 

Auteur d’une belle approche avec son nouveau « mashie », Sir Mulligan fut tout heureux de partager le trou avec ses deux adversaires, franchement déçus de prendre trois putts et d’avoir joué aussi prudemment le coup.

« Le score est inchangé: Robert Walker mène avec quatre points, vous avez trois points Gordon Mc Homorn et vous aussi, Sir; et c’est encore à vous l’honneur.»

« Le trou suivant, reprit David Anderson est long de plus de 450 yards, il se termine par un très large green commun avec le trou numéro un; il est défendu par un profond bunker, un des plus dangereux du parcours.» 

Les mises en jeu prudentes de nos trois gentlemen s’immobilisèrent sur le fairway, celle de Walker une vingtaine de yards devant les autres.

Tout en marchant, John Mc Homorn junior intervint « Vous n’êtes pas sans savoir, gentlemen, qu’autrefois, les promeneurs et le bétail traversaient ces bandes de terrain sur lesquelles nous tentons de maîtriser le vol capricieux de nos balles ; mais savez vous qu’ici même, à St Andrews, il existait aussi le « washing day », le jour des lessives, où l’étendage et le séchage du linge sur l’herbe rase du parcours était autorisé et même prioritaire ; les femmes qui arpentaient alors les fairways n’étaient pas là pour swinguer et donner des coups de clecks, mais des coups de battoirs sur les draps et les vêtements.»

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Le "washing day" à St Andrews

La petite troupe s’arrêta à la hauteur de la guttie de Sir Mulligan; David Anderson lui conseilla de jouer avec son « long spoon », car il restait encore plus de 200 yards pour atteindre le green, ce qu’il fit magistralement. Gordon Mc Homorn l’imita. Robert Walker, pourtant mieux placé que ses adversaires, ne fit pas mieux et tous les trois se retrouvèrent à 40 yards du large green commun aux trous numéro un et dix sept. 

« Je vous abandonne, gentlemen, car je vois que l’on m’attend près du trou numéro un; bonne fin de parcours. » s’excusa Mc Homorn Junior.

Effectivement, plusieurs personnes du comité s’entretenaient sur le bord du green: on reconnaissait, entre autres, le gardien des links, Allan Robertson, son adjoint, Tom Morris, et le capitaine des jeux, Sir Grillotier, dit le grand René, administrateur de l’Hospice Royal de St Andrews, où il était chargé de l’accompagnement des malades.

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L'Hopital des Orphelins, à Edimbourg

« Qui est le grand chauve qui se tient très droit? On dirait qu’il porte un « long spoon » dans le dos de sa veste.» interrogea Robert Walker.

« C’est Lord Musiaux, un homme intègre, droit dans ses bottes, on parle de lui pour prendre la direction du comité l’année prochaine.» répondit David Anderson.

Sous l’impulsion de Jim, qui conseilla à Gordon d’utiliser son « driving putter », le jeu reprit. « Concentrez-vous, gentlemen sur cette approche: il ne reste plus qu’un seul trou après celui-ci. »

Superbe approche et belle réussite de Gordon Mc Hormorn, qui prit le point! « Robert Walker et Gordon Mc Homorn, vous avez quatre points; Sir, vous n’avez que trois points ... vous pouvez revenir sur le dernier trou, allons-y. » conclut David Anderson.

5ème épisode

LE RETOUR

Il était un peu plus de 10 heures et demi, et Gordon Mc Homorn plaçait son tee sur le départ du trou numéro treize, quand David Anderson ironisa : « Vous connaissez tous ce trou de réputation: il ne comporte pas de difficulté majeure en dehors de ses trois cercueils situés en plein centre du fairway, à 220 yards du départ, les fameux « coffins bunkers » ! Ce trou, long de 418 yards, présente une grande dune à droite; ce n’est pas un handicap de s’y retrouver, car de là, on domine le green surélevé de la « gueule du lion ». 

Le fairway, très large, inspirait les gros frappeurs et Gordon, bien que cela ne soit pas son point fort, se laissa tenter. Ce ne fut pas une réussite, ni pour lui, ni pour Sir Mulligan qui l’avait imité. Robert, quant à lui, réalisait un superbe départ de plus de 250 yards, au-delà des principaux obstacles.

En descendant le fairway, Gordon s’adressa à lui : « Vous évoquiez, tout à l’heure l’importance des francs maçons dans la survie du golf; savez vous que l’oncle de mon grand père, officier lui aussi, mais également éminent golfeur, appartenait à cette confrérie ; il a quitté le Leith pour les Etats Unis en 1736 à l’appel du Général James Oglethorpe, fondateur de la colonie écossaise New Inverness en Georgie ; puis de là, il a rejoint David Deas, Grand Maître de la loge maçonnique de Caroline du Sud, avec qui il a créé, en 1743, le club de golf de Charles Town, devenu Charleston… »

Gordon Mc Homorn s’interrompit, car la petite troupe arrivait à la hauteur de la balle de Sir Mulligan, qui réprima un juron en voyant le lie de sa balle ; son coup fut médiocre, celui de Gordon aussi, les deux balles atterrissant vers la seconde rangée de bunkers à plus de 70 yards du drapeau. Robert Walker réussissait un superbe second coup qui tombait sur le green ; rassuré, il reprit la conversation qu’il avait avec Mc Homorn.

« Oui, nous évoquions les francs maçons; savez vous que ce sont eux qui ont introduit les club-houses, car s’ils étaient de passionnés golfeurs, ils aimaient aussi festoyer et les banquets se faisaient en uniforme, vestes rouges, knickers noirs, chaussures vernis à boucles et bas blancs».

« Mon grand père me racontait que la procédure d’admission était également typique ; dans une boite close, chacun des participants glissait à son gré une boule blanche ou noire ; il suffisait d’une seule boule noire pour que le candidat soit refusé. De là l’expression être « blackboulé » compléta Mc Homorn en descendant le fairway. 

Jim, qui était déjà sur place, avait fait comprendre à Sir Mulligan et à Gordon Mc Homorn que leurs balles respectives étaient mal placées; effectivement, ils constatèrent qu’ils étaient tous les deux dans un bunker; par contre, la balle de Robert Walker était bien en fond de green et en dépit de ses trois putts, il gagnait aisément le trou.

« Nous en sommes à trois points pour Robert Walker et Gordon Mc Homorn et deux points pour vous, Sir Mulligan, l’honneur est à Robert Walker. » conclu David Anderson en invitant Jim à décrire le trou suivant.

«  Le trou numéro quatorze est le plus long du parcours, on l’appelle tout simplement long, il mesure 560 yards ; la mise en jeu doit être précise pour passer entre les bunkers de gauche et le muret à droite qui longe le fairway ;  à 150 yards du green, vous allez trouver un secteur que l’on a coutume d’appeler l’enfer, il est constitué de bunkers, de dunes, et de dépressions; enfin, le green est partagé avec le trou numéro quatre. »

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Et David Anderson de compléter : « Gentlemen, n’oubliez pas que c’est sur ce fairway, baptisé Elysian Fields, que Samuel Messieux, professeur d’université et grand amateur de golf, a établi un record de drive de 330 yards en 1836 avec une balle plumeuse ! »

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Samuel Messieux 

Robert Walker planta son tee. « Rassurez-vous, dit il, je ne vais pas faire tomber cette légende de Saint Andrews ! »

Toutefois, il envoya un joli coup de play-club qui déposa sa balle en plein centre du fairway, auteur d’un drive de 270 yards d’après David Anderson. Les mises en jeu de Sir Mulligan et Gordon Mc Homorn furent plus modestes, mais très convenables. Le second coup de Robert l’amena derrière le champ de bunkers, dans la forte dépression de l’enfer.

« Si votre lie est bon, Robert, vous pourrez peut être attaquer le green » souligna David Anderson, alors que les balles de Sir Mulligan et Gordon restaient dans Elysian Fields à plus de 180 yards du green. 

Du fairway d’Elisyan Fieds, il fallut trois coups à nos deux compères pour rejoindre Robert Walker sur le green, et ni l’un ni l’autre ne purent empêcher ce dernier de s’imposer finalement assez facilement.

« Bravo Robert, vous avez remarquablement joué ce trou !» commenta Sir Mulligan.

Ils allaient quitter le drapeau pour prendre le départ du trou suivant. David Anderson s’apprêtait à le commenter, mais il se ravisa: « nous avons de la visite » dit il.

Effectivement une personne qui venait du fairway du trou numéro cinq se dirigeait vers eux. « J’ai l’impression que c’est votre père, Gordon », reprit Robert Walker.

« C’est bien lui, il m’avait dit qu’il serait sur le parcours aujourd’hui, je vais l’attendre si vous le voulez bien », proposa Gordon Mc Homorn.

John Mc Homorn Junior, agé de 64 ans, était un ancien contremaître de la fabrique de balles de golf de John Berwick, entreprise familiale réputée, créée en Août 1618 par William Berwick et John Melville, qui avaient obtenu le monopole de la production de balles en Ecosse.

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Dans une fabrique de clubs

Junior était surtout un excellent joueur de golf, sport qu’il pratiquait depuis l’âge de quinze ans ; il avait été caddie pendant de nombreuses années, il avait même participé à plusieurs tournois professionnels dont le premier à St Andrews en 1819, où il avait bien figuré. Sa renommée en avait fait un homme de conseils, il avait été le mentor de Samuel Messieux.

Même s’il n’avait plus le dynamisme de ses vingt ans, John Mc Homorn Junior était toujours aussi passionné de golf et il continuait à assurer les fonctions de « golf referee », fonctions qui lui avaient été accordées par la « Society of St Andrews Golfers » en 1820, et confirmées en janvier 1834, lorsque le Roi Guillaume IV devint patron du « Royal and Ancient Golf Club of St Andrews». 

« Bonjour Gordon, bonjour gentlemen, puis-je redescendre avec vous, j’ai une réunion de travail avec le comité sur le green du dix sept.»

« C’est un honneur! Nous vous accueillons avec plaisir Sir Mc Homorn » répondit Sir Mulligan.

« Gentlemen, je vous rappelle le score : Robert Walker quatre points, Gordon Mc Homorn trois points et Sir Mulligan deux points, quant au trou suivant je vais laisser le soin à John Mc Homorn Junior de le décrire » ajouta David Anderson.

« Le trou numéro quinze mesure environ 410 yards, votre mise en jeu devra tomber derrière le large bunker à droite du fairway, à gauche la végétation rentre profondément sur le fairway; attention, le passage est étroit ; ensuite le green est partagé avec celui du trou numéro deux, vous devez viser le drapeau de droite! » souligna Junior.

Robert Walker, plaça la balle sur son tee et prit son stance alors que la pluie se remit à tomber. Sa mise en jeu fut correcte mais un kick malheureux envoya sa balle vers les arbustes de droite; Sir Mulligan expédia la sienne directement dans le bunker; Gordon réalisa un superbe coup: sa balle tomba derrière le fameux bunker pour rouler sur le fairway, à moins de 200 yards du drapeau.

Robert Walker fut bien heureux de retrouver sa balle en lisière des buissons, son second coup fut excellent, il déposa sa balle à 70/80 yards du green en plein centre du fairway. Sir Mulligan réussit également une belle sortie de bunker. Gordon Mc Homorn, fier de sa mise en jeu, décida d’attaquer le green; ce ne fut pas une réussite, son violent coup inachevé envoya sa feathery dans le rough à droite du fairway, au grand désespoir de son père.

« Gordon, le swing est un geste de lancer, toute votre attention doit être portée sur ce mouvement: votre swing doit traverser la balle, celle-ci n’est pas la cible, elle se trouve tout simplement sur le chemin du swing; votre cible c’est l’endroit où voulez déposer votre balle. Si vous considérez que votre cible est la balle, alors inconsciemment vous aurez tendance à arrêter votre mouvement au moment de l’impact avec celle-ci.» 

« Vous avez raison, père, je vais y veiller » s’excusa Gordon.

Finalement, contre toute attente, c’est Sir Mulligan qui prit le point, auteur d’une belle approche dont il avait le secret.

« Gentlemen, à l’issue du trou numéro quinze, Robert Walker mène avec quatre points devant Sir Mulligan et Gordon Mc Homorn qui comptent trois points. Il reste trois trous, vous pouvez tous gagner ce challenge. Je vous propose de prendre le départ du trou numéro seize » conclut David Anderson.

4ème épisode

LE VIRAGE

Au départ du trou numéro dix, David Anderson, fidèle à son habitude, prit le temps de le commenter :

 « Gentlemen, vous êtes à mi-parcours du golf de St Andrews : nous allons maintenant repartir vers l’Eden River à l’ouest, le green est commun avec celui du trou numéro huit sur lequel nous étions tout à l’heure, le drapeau que vous devez viser est situé au milieu du green. Ce trou mesure 340 yards. Attention, si votre mise en jeu est trop longue, vous aller vous retrouver dans une zone où le relief est très mouvementé, je vous conseille de rester plutôt devant, n’allez surtout pas à gauche, vous ne sortirez pas du rough ! Bon courage.»

Gordon, puis Sir Mulligan, assurèrent une mise en jeu raisonnable ; celle de Robert était un peu trop longue et il retrouva sa balle au fond d’un creux ; il s’en tira fort bien à l’aide un coup punché qui l’amena à proximité du green ; une fois encore il démontra son habileté à utiliser son baffing spoon. Auparavant, Sir Mulligan et Gordon avaient envoyé leur balle derrière le green. 

Jim, qui courrait toujours derrière les balles, fut tout content de leur annoncer que les deux balles étaient restées tout près du green. Finalement, après une approche et deux putts, le trou fut partagé.

« Joli coup punché, Sir Walker, bravo ! Pas de changement, vous êtes  square, gentlemen ; la mise en jeu sera toujours pour Gordon Mc Homorn, mais nous allons laisser le green à la partie qui arrive du trou numéro sept ».

Ils se déplacèrent vers la gauche du green et David continua : « Savez-vous qu’à l’origine nos aïeux jouaient ici sur 22 trous : 11 trous partaient de l’endroit où se trouve le club house actuellement, en direction du nord ouest, jusqu’à un point proche du rivage ; de là, les golfeurs retournaient et jouaient 11 greens en sens inverse, achevant ainsi une partie de 22 trous ; à l’époque, chaque links avait son propre nombre de trous en fonction de la surface dont il disposait : ainsi, Musselburgh comportait sept trous, North Berwick six trous, Archerfield 13 trous et Montrose 25 trous! C’est en 1764 que le parcours de St Andrews a été réduit à 18 trous, nombre qui fut alors adopté pour les autres links.»

Sir Mulligan posa une question : « Mais finalement, quel fut le premier parcours écossais ?» 

« Le golf tel qu’on le pratique aujourd’hui, était déjà joué ainsi à Leith et à St Andrews au XVème siècle ; Leith est supposé être le site du premier véritable links ; c’est d’ailleurs sur ce terrain que John Henrie et Pat Bogie se sont déshonorés en 1608 en disputant une partie de golf le jour du seigneur ! » lui répondit David Anderson.

Et Robert Walker d’ajouter : « Par contre, nous n’avons aucune certitude quant à l’origine exacte du jeu : on pratiquait déjà des jeux similaires sur le continent, la soule et le jeu de mail (ou pall mall) en France, le chôle en Flandre, le kolven aux Pays-Bas, etc… Ce qui est établi, c’est que le golf tel que le pratiquait Marie Stuart en 1567 va disparaitre brutalement au cours du XVIIème siècle, parce que les souverains régnants ne lui portent plus d’intérêt ; sans les francs-maçons écossais, golfeurs passionnés, ce jeu n’aurait pas survécu.»

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Jeu de mail en France

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Jeu de baton aux Pays Bas, au XVIIème siècle

« Merci de toutes ces explications, c’est très intéressant » conclut Sir Mulligan.

David Anderson invita la troupe à revenir sur le départ : 

  « C’est bon, je crois qu’on peut y aller ; à vous, Gordon, mais auparavant, revenons à une longueur de club du trou, comme le veut la règle. Comme vous le voyez, ce secteur du parcours est un peu complexe car les greens sont étroits et ils sont tous partagés ; le trou numéro onze, que nous allons attaquer maintenant, est certainement le plus délicat du parcours : il ne mesure que 170 yards, mais le green, particulièrement étroit, est défendu par trois  profonds bunkers et surtout, derrière, il descend sur l’Eden River ! » 

En plantant son tee, Gordon Mc Homorn se demandait bien quel club choisir. Jim, qui avait compris son inquiétude, lui tendit son longspoon,avec lequel il s’était collé au drapeau du trou numéro huit.

« Ne vous posez pas de questions, Sir, lâchez le même coup que sur le huit, visez toutefois sur le droite du green : de ce coté là, l’Eden River est assez loin derrière, vous ne risquez rien. » 

La balle plumeuse de Gordon fut très bien frappée, elle prit la direction souhaitée. Jim s’était déjà lancé à sa poursuite alors qu’elle était encore en vol.

« Bien joué, Mc Homorn, je pense que vous êtes bien placé vers le départ du huit » lança David Anderson en invitant Sir Mulligan à faire de même. 

Bien frappée, mais un peu plus à gauche, la balle prit la direction du bunker central qui barre l’entrée du green, mais du départ, on ne pouvait pas savoir si elle avait finit sa course dans le bunker ou non. La mise en jeu de Robert Walker fut excellente, mais peut être un peu trop longue.

En arrivant sur l’avant-green, ils découvrirent la position de leur balle qui confirmait les gesticulations de Jim arrivé bien avant eux : Sir Mulligan fut bien content de retrouver sa balle juste devant le bunker, celle de Gordon était bien sur le green, mais à 40 yards à droite du drapeau, quant à celle de Robert Walker, elle avait traversé le green et roulé doucement vers l’Eden River où les galets l’avait arrêtée. David Anderson ne put s’empêcher d’intervenir à nouveau : « La règle numéro 4 du code établi en 1744 par l’Honorable Compagnie des Gentlemen Golfeurs précise que …vous ne devez pas déplacer les pierres, les arêtes, ou aucun morceau de club pour le plaisir de jouer votre balle, sauf sur le green.»

 « Nous sommes d’accord » répondit Robert Walker.

Alors que Sir Mulligan, auteur d’une gratte, envoyait sa balle dans le bunker, dont il ne sortit pas du premier coup, Robert Walker avait, lui aussi, besoin de deux coups pour arriver sur le green ; finalement, en dépit de ses trois putts, Mc Homorn prit le point. 

« Gordon Mc Homorn trois points, Sir Mulligan and Robert Walker deux.» annonça Jim, très fier de voir son joueur prendre la tête de ce défi.

« Le trou suivant mesure 316 yards, le green est partagé avec le trou numéro six, mais il est assez large pour que l’on puisse se croiser avec une partie montante ; par contre, il n’est pas très profond ; ceci dit, il n’y a pas de difficulté particulière en dehors de la petite butte qui se trouve juste devant le drapeau sur l’avant green et un bunker de parcours à 150 yards du départ ; à vous de jouer Gordon. » précisa David Anderson.

La mise en jeu de Mc Homorn fut très moyenne mais celle de ses adversaires aussi, et en particulier Sir Mulligan, qui avait des difficultés à maitriser les trajectoires de sa guttie : il faut reconnaîtreque ces premières balles en gutta percha étaient très lisses, ce qui nécessitait de très bien les frapper, sinon elles partaient à droite en slice ou à gauche en hook.

La balle de Sir Mulligan s’était un peu égarée à droite et la petite troupe s’était rapprochée de l’endroit où elle devait être ; au bout de quelques instants, David Anderson la découvrit : « elle est ici, Sir, au milieu de ces magnifiques chardons.»

43 chardons e cossais

« Merci, David, mais connaissez-vous la légende de notre plante emblématique ? Je vais prendre deux minutes pour vous la raconter. ».

Et Sir Mulligan s’exécuta :

« Au XI siècle, des guerriers nordiques, des Vikings dirons-nous, avaient tenté une attaque nocturne pour prendre les écossais par surprise. Pour faire le moins de bruit possible, ils avaient retiré leurs bottes ; malheureusement pour eux, ils ont traversé un champ de chardons, comme il en existe beaucoup en Ecosse, et n’ont pu retenir leurs cris de douleur. Ainsi, les sentinelles écossaises, alertées, ont pu prévenir le reste de la troupe, organiser la défense et repousser l’ennemi. » 

Après cet intermède, Sir Mulligan frappa très correctement sa guttie qui finit sa course sur l’avant-green. Robert Walker et Mc Homorn ne purent faire mieux, il faut dire que la profondeur du green à cet endroit ne dépasse pas 20 yards. 

Deux coups plus tard, David Anderson annonçait les scores inchangés : « Deux points pour Sir Mulligan et Robert Walker, et trois points pour Mc Homorn, qui aura l’honneur de la prochaine mise en jeu ; nous allons maintenant descendre vers le club house en nous tenant sur la droite des fairways ; méfiez vous, nous aurons le vent dans le dos !» 

Et les joueurs se déplacèrent vers la droite pour prendre le départ du trou numéro treize.

3ème épisode

LE MATCH EST LANCE …

« Allez Jim, commentez le trou suivant !» lança David Anderson au jeune caddy de Gordon Mc Homorn,  qui s’exécuta immédiatement.  

« Le trou numéro cinq est un dog-leg droit de 514 yards, il y a de nombreux bunkers à droite, puis à gauche avant d’atteindre l’énorme green, bien protégé, qui est partagé avec le trou numéro treize. Au milieu du fairway, une grande pierre plantée vous indique la direction vers laquelle il faut frapper le premier coup, elle est visible du départ. »

Sir Mulligan allait prendre son stance quand David Anderson lui donna quelques conseils à l’oreille ; celui-ci lui répondit d’un sourire complice. Ses conseils furent vains, Sir Mulligan expédia sa balle à droite du fairway, alors que Gordon et surtout Robert Walker la plaçaient à gauche en bonne position pour le second coup. Ce dernier réalisait un superbe coup avec son scraper  « long spoon », laissant Gordon à 60 yards et Sir Mulligan à près de 80 yards.

David Anderson les arrêta car il y avait une partie qui descendait le trou numéro treize et qui arrivait sur le green.

En attendant, dit-il, je vais vous raconter la dernière histoire qui circule à St Andrews :

« Un golfeur arrive au ciel et remarque un superbe parcours de golf dans un écrin de verdure, réplique du golf de St Andrews au printemps. Un ange l’accompagne. Le premier joueur qu’ils rencontrent préparait un coup extrêmement difficile, la balle devant franchir, en une fois, environ trois cents yards, pour passer au-dessus de la végétation dans le virage.

« S’il réussit ce coup, ce sera un miracle », observa le golfeur. « Pour qui se prend-il donc, pour Saint Pierre ? »       

« C’est Saint Pierre » susurra l’ange à son oreille, « mais il se prend pour Allan Robertson ! »

« La conclusion peut paraitre quelque peu ironique, mais je la prends comme un compliment à l’endroit de notre illustre green-keeper ! » remarqua Mc Homorn.

« Vous avez tout à fait raison, Gordon» renchérirent Sir Mulligan et Robert Walker.

Le green étant dégagé, les hostilités reprirent. Arrivé sur celui-ci avec un coup d’avance sur Gordon et deux sur Sir Mulligan, Robert Walker remporta le trou.

« Robert Walker deux, Sir Mulligan un, et Gordon Mc Homorn zéro » annonça David Anderson.

Le green du trou n 1 en 1798

Gentlemen au putting sur le trou n°1 de l'Old Course, un jour de printemps de 1798

Alors que le groupe se déplaçait légèrement à droite pour laisser la place à la partie descendante, David Anderson poursuivit : « Le trou suivant, long de 374 yards, pourrait s’appeler heathery tant il est bordé de bruyère et de genêts sur la droite ; six profonds petits bunkers de parcours sont disposés de façon à recueillir vos drives à 200 yards environ ; l’attaque de ce green surélevé est facilitée par la présence d’une grosse pierre placée derrière celui-ci qui indique comment il faut s’aligner pour jouer le drapeau. Bonne chance gentlemen ! » 

Pendant que Robert Walker plaçait son tee, David Anderson glissa quelques conseils à l’oreille de Sir Mulligan, et Jim invita Gordon à s’éloigner du groupe : « il faut jouer sur la  gauche, gentleman, afin d’éviter les bunkers : ils sont trop dangereux ! » lui murmura-t-il.

Robert Walker avait fait le choix de taper sa balle en direction du drapeau, espérant tomber derrière les bunkers, alors que Gordon puis Sir Mulligan avaient délibérément joué à gauche pour les éviter. En arrivant sur place, Robert fit le constat que son choix n’avait pas été le bon : sa mise en jeu, plus courte que d’habitude, ne lui avait pas permis de dépasser le champs de bunkers ; sa balle était bien au milieu de l’un deux, et après trois tentatives infructueuses pour en sortir, il décida de relever sa balle. Pendant ce temps là, Sir Mulligan et Gordon s’étaient rapprochés du green ; le coup de « driving putter » de Gordon fut bien trop moyen pour éviter deux putts, alors que Sir Mulligan réalisait une nouvelle fois l’approche-putt.

« Sir Mulligan et Robert Walker deux points, Gordon Mc Homorn toujours rien » conclut David Anderson, avant d’inviter le jeune Jim à présenter le trou suivant. 

« Ce trou numéro sept mesure 359 yards ; vous avez, là aussi, une pierre plantée qui vous montre le chemin pour votre mise en jeu, ensuite il faudra partir à droite pour attaquer le green ; ne le dépassez pas, sinon vous aller tomber dans la grève de sable de l’Eden river» commenta le jeune Jim ; et David Anderson d’ajouter : « à la tombée de vos drives, le relief est très mouvementé, il n’y a que des bosses et des trous, ensuite le green est bien défendu par un joli bunker ; attention, vous arrivez dans un secteur très fréquenté où se côtoient les départs des trous numéro huit et douze et l’arrivée du trou numéro onze et quelque fois, même, les diaboliques balles qui viennent du fairway du trou numéro dix. » 

Dans l’ordre, Sir Mulligan, Gordon puis Robert Walker se lancèrent à l’assaut de la pierre plantée ; animés d’une extrême prudence, ils arrivèrent ensemble sur le green et finalement partagèrent le trou.

« Score inchangé, deux, deux, zéro, l’honneur est toujours à Sir Mulligan » annonça David.

Le trou suivant, que les habitués appelaient souvent « short » à juste titre, se dispense de commentaires : on le découvre entièrement du départ, son green, défendu par deux petits bunkers, est à 166 yards.

3 fin de l aller 1

Les trous de la fin de l'Aller

Alors que Sir Mulligan, attentif aux conseils de son caddy, se préparait, Gordon Mc Homorn se posait des questions : comment est il possible de déjouer à ce point avec les fameux scrapers du grand père ; que penserait-il de lui s’il le voyait jouer ainsi … ?

Gordon se revoyait à 10 ans lorsqu’il accompagnait son grand père sur les links du Leith.

John Mc Homorn senior, décédé en 1820, avait été Capitaine des Gardes de la Cité d’Edimbourg ; comme la plupart de ses amis officiers, Mc Homorn pratiquait le golf. Tous les ans, au mois d’avril, les officiers des Gardes de la Cité rencontraient les lords d’Edimbourg dans un tournoi qui se disputait en match play ; ces rencontres étaient dotées de prix et faisaient l’objet d’un article dans la presse. Certains appelaient cet évènement la « Golfer Cup », qui signifiait : Golf Edimbourg Royal Cup. La première rencontre, qui eut lieu en avril 1724, avait opposé Alexander Elphinstone au Capitaine des Gardes John Porteous. Elphinstone l’avait emporté et encaissé, du même coup, les 20 guinées de récompense.

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William Inglis, capitaine de l'Honorable Compagnie des Golfeurs d'Edimbourg, en 1784 

Depuis l’âge de 30 ans, John Mc Homorn senior avait participé à cette épreuve, il n’y avait jamais rien gagné, mais il avait l’esprit compétiteur et il aimait y retrouver ses amis officiers pour donner une leçon aux notables de la Cité, leçon qu’ils reçurent eux aussi, bien souvent.

Jim interrompit Gordon dans sa rêverie en lui tapant sur l’épaule : « Sir, c’est à nous de jouer ! » 

Effectivement Sir Mulligan avait déjà envoyé sa balle sur l’avant green, et Robert Walker attendait son tour pour jouer.

La trajectoire de la balle plumeuse de Gordon fut d’une remarquable précision, la balle s’immobilisa sur le green près du trou, alors que la mise en jeu de Robert Walker s’égarait à gauche vers le départ du trou numéro neuf. 

En arrivant sur le green, Gordon n’eut plus qu’au pousser sa balle dans le trou pour revenir dans le jeu.

« Bien joué, Sir » conclut Jim, qui ne put s’empêcher de commenter le trou suivant : « 347 yards de long, gentlemen, il faut rester bien à droite de la pierre plantée, attention aux bunkers qui vous attendent à 200 yards, en particulier Boases bunkeret surtout le redoutable End hole bunker.» 

Ragaillardi par le bon résultat du trou précédent, Gordon réalisait une superbe mise en jeu, ainsi que Robert Walker. Sir Mulligan, pourtant encouragé par David Anderson, égarait sa guttie dans le rough à droite, que personne ne retrouva. Finalement, Gordon, auteur d’un joli putt, empochait le trou.

« All square, gentlemen, deux points à chacun » annonça fièrement David.   

Le match était relancé, la partie ne faisait que commencer ! 

La petite troupe traversa le green pour prendre le départ du trou numéro dix.


 

2ème épisode

LES PREMIERS TROUS …

David Anderson n’avait aucune fonction officielle à St Andrews, mais sa longue expérience de caddy, ses qualités de joueur, et ses compétences en matière de golf en faisait un homme écouté.

« Je me permets de vous rappeler, gentlemen, que le vainqueur de cette partie est celui d’entre vous qui gagnera le plus grand nombre de trous ; je propose que Sir Mulligan prenne l’honneur de la première mise en jeu, avant notre voisin d’Edimbourg… Ne m’en veuillez pas, Gordon, vous fermerez la marche sur le premier trou » précisa-t-il, avant de rappeler la configuration du trou pour notre ami Robert.

« Ce trou de 368 yards ne comporte pas de difficulté majeure, si ce n’est d’être le premier ; toutefois, faites attention à notre petit ruisseau, qu’il faudra traverser avant d’aller sur le green. Le Swilcan Burn, c’est son nom, serpente aussi à droite du fairway avant de se jeter dans la mer ; enfin, dernière chose, le green de ce trou est commun avec celui du dix sept, on envisage d’ailleurs de les séparer».

Le swilcan bridge

« Vous pouvez placer votre tee, Sir Mulligan, à moins que vous préfériez que je vous en prépare un ». 

« Merci de m’en préparer un, j’ai oublié mes tees dans le cab » répondit Sir Mulligan.

David Anderson s’exécuta et réalisa un petit monticule de terre. Le code des règles établi par l’Honorable Compagnie des Gentlemen Golfeurs de Leith en 1744, et adopté 10 ans plus tard par le Golf de St Andrews, imposait que la balle fut surélevée du sol sur l’aire de départ. Sir Mulligan plaça sa balle. 

« Chers amis, aujourd’hui je vais jouer avec uneguttie! » annonça-t-il avec la fierté d’être un des seuls golfeurs de St Andrews à en posséder. 

Feathered et gutta percha

Depuis très longtemps, les balles étaient exclusivement réalisées en plumes d’oie enveloppées d’une peau en cuir, les fameuses feathery, mais depuis quelques mois on voyait apparaître des balles en gutta percha ; ce latex naturel, tiré de la sève des arbres tropicaux, était utilisé à l’isolation des câbles électriques et maintenant à celles des gutties, nom donné à ces nouvelles balles de golf.

La pluie avait cessé quand Sir Mulligan prit son stance. La violence qu’il mit à frapper cette pauvre balle n’eut d’égale que la catastrophique trajectoire qu’elle suivit ! 

« Par St Andrew ! » s’exclama-t-il. 

Et Mc Homorn d’ajouter, non sans malice, à l’oreille de son ami d’enfance : « Vous avez remarqué, Robert, comme quoi, plus la balle part dans une mauvaise direction, plus elle va loin … »

Sir Mulligan se retourna vers ses adversaires : « Gentlemen, c’est la première balle de la journée, vous n’allez tout de même pas me compter ce coup ! » dit-il avec un large sourire, et sans attendre la réponse, il tira une nouvelle balle de sa veste et l’expédia, cette fois ci, fort honorablement.

Au grand désespoir des membres du comité de St Andrews, qui lui en faisait la remarque régulièrement, Sir Mulligan avait conservé sa fâcheuse habitude de doubler sa première mise en jeu lorsque celle-ci était complètement ratée, ce qui avait le don d’agacer ses adversaires occasionnels. Mais ses amis avaient pris le parti, à tort, de laisser faire le jovial et sympathique magistrat qu’il était. 

Pendant que David Anderson partait à la recherche de l’infortunée guttie, Robert Walker, puis Gordon assuraient un solide départ au centre du fairway, après avoir pris soin, tous les deux, de placer leur balle sur un tee en bois.

Nos trois golfeurs se retrouvaient pour le 3èmecoup à 80 yards du green, devant le SwilcanBurn, qu’ils franchirent correctement. Et finalement, le premier trou fut partagé. 

« All square ! » déclara David Anderson qui rejoignait le green, pas mécontent d’avoir retrouvé la balle de son joueur. 

Le trou numéro deux, quelques fois appelé Dyke, mesure 401 yards, les « cheape’s bunkers » de gauche accompagnent les joueurs jusqu’au green, qui est commun avec celui du trou numéro seize.

« C’est encore à vous de prendre le départ, Sir Mulligan ; je vous rappelle la règle numéro 1, qui impose que votre tee soit placé à une longueur de club du trou précédent !»

Sir Mulligan s’exécuta avec un tee que lui avait donné Robert Walker. Les joueurs prirent chacun un bon départ et Gordon s’amusa de voir son caddy courir après sa balle dès que celle-ci avait été frappée, un peu comme un jeune chien à qui on lance un bâton pour l’amuser.   

En remontant le fairway, Robert Walker leur raconta l’origine de la veste rouge qu’il portait.

« La veste rouge est une tradition très ancienne dans ma famille, mais d’une façon générale chez les golfeurs, et plus particulièrement à Edimbourg, mais pas uniquement ; tenez, mon cousin Johnny Walker en porte toujours une, et pourtant il est de Glasgow ! Savez vous, gentlemen, que lorsque le golf a acquis ses lettres de noblesse au 17èmesiècle, les Seigneurs et Dames se mirent à swinguer partout en ville au mépris des fenêtres brisées et des passants blessés, si bien que les autorités décidèrent de rendre obligatoire le port d’une veste rouge pour les golfeurs afin qu’ils soient facilement repérables.» 

« Merci pour cet éclairage, mon cher Robert, c’est très instructif et intéressant, mais vous parlez de Seigneurs et Dames : est-ce à dire que ces Dames jouaient aussi au golf ? »

« Bien sûr, Sir Mulligan, notre reine Marie Stuart jouait au golf en 1567… On l’a même accusée de jouer à Seton House quelques jours à peine après l’assassinat de son époux. Les temps changent, et on peut penser que nos Dames seront de nouveau bientôt les bienvenues sur nos parcours »  lui répondit Robert.

Marie stuart au golf

« Vous ne croyez pas si bien dire » ajouta David Anderson : « les gentlemen golfeurs du club de Westward Ho envisagent de donner un droit de fairway à celles-ci sur un petit parcours de neuf trous.»

Le petit groupe avait atteint les premières balles, Gordon Mac Homorn était le premier à prendre son stance. Il se souvint de l’avertissement d’Allan Robertson, le vent du nord avait pris de la vigueur. La trajectoire des balles allait être plus courte et surtout plus délicate à maitriser. Effectivement, la balle de Gordon se planta dans le premier bunker de gauche, et celle de Sir Mulligan dans le second. Ils en sortirent tous les deux difficilement, car la pluie avait humidifié le sable. Robert Walker en profita pour arriver sur le green avec un coup d’avance sur ses adversaires et gagna facilement le trou.

« Un point pour Edimbourg ! » salua ironiquement David Anderson, qui annonça le trou suivant : «  La longueur de ce trou est de 370 yards avec un hors limite à droite ; le green, qui est partagé avec le trou numéro quinze, est défendu par un profond bunker. A vous, Robert, vous avez l’honneur.»

Superbe mise en jeu de plus de 270 yards qui laissa Sir Mulligan et Gordon à plus de 40 yards. Trois coups plus tard, les trois joueurs se retrouvaient à égalité sur le green à moins d’un yard du trou; c’était à Sir Mulligan de putter en premier. Mais David Anderson l’arrêta : « Gentlemen je vous rappelle la règle numéro 7 : lorsque vous tentez de rentrer votre balle dans le trou, vous devez le tenter honnêtement et non pas jouer sur la balle de votre adversaire, si elle n’est pas dans la ligne vers le trou ».

Le conseil fut entendu par les trois joueurs qui terminèrent à égalité ; Robert Walker, quelque peu irrité d’avoir concédé trois putts, conservait toutefois la mise en jeu. 

En proposant son grassed driver à Gordon, le jeune Jim se risqua à commenter le trou suivant sous le regard encourageant de David Anderson : « Voici le trou numéro quatre, gentlemen, il mesure 419 yards ; il y a un très gros bunker à 100 yards du green sur la gauche du fairway, on le voit d’ici ; il y en a un autre plus petit, mais tout aussi dangereux, en fond de green ; faites attention, le sable est très lourd avec la pluie de ce matin. »

Robert Walker, perturbé par ses derniers putts, ratait son départ, qui terminait en slice dans le rough de droite, alors que les balles de Sir Mulligan et de Gordon plus courtes, restaient toutefois bien sur le fairway.

Alors que Jim et Gordon aidaient Robert Walker à trouver sa balle, David Anderson s’adressa à Sir Mulligan : « Je vais vous dire, Sir : le projet qui me tient à cœur, serait d’installer un barnum sur ce trou numéro quatre ; je pourrais proposer des boissons, de la nourriture rapide et bien sûr des balles. »

Le barnum de david anderson

« Pourquoi pas, c’est une idée qui contribuerait à fortifier les golfeurs, on pourrait appeler ce trou le Ginger Beer ! » lui répondit Sir Mulligan. 

Robert Walker avait retrouvé sa balle profondément enfuie dans les herbes; il tapa un joli coup de niblick qui l’amena sur le fairway à la hauteur du large bunker, légèrement derrière les balles de Sir Mulligan et de Gordon qui avaient déjà joué leur second coup.

Les trois joueurs se sentaient en mesure d’empocher le trou, encore fallait-il déjà tomber sur le green ; c’est Robert Walker qui devait jouer le premier, mais sa balle trop longue roula dans le bunker en fond de green; Gordon fit de même, à la grande déception de son caddy, et c’est finalement Sir Mulligan qui prit le trou, auteur d’une « approche - putt».

« Le trou est pour Sir Mulligan, soit un point pour Sir Mulligan et un pour Robert Walker; Gordon, il faut réagir ! » commenta David Anderson.

Et Sir Mulligan plaça son tee pour le 5èmedépart.


 

1er épisode

13 groupe de golfeurs a st andrews 1

ARRIVEE AU GOLF …

D’un pas alerte, Gordon Mc Homorn remontait vers le nord le chemin côtier du Fife pour rejoindre le golf. Il habitait non loin du château proche de l’université, à moins d’un mile du club house; certes, il n’avait pas emprunté l’itinéraire le plus court pour s’y rendre mais Gordon appréciait ce sentier qui, à l’est dominait la mer, et au sud-ouest la ville de St Andrews. Il était un peu plus de 7 heures ce matin là, et une petite bruine s’était installée, ce qui avait sérieusement rafraîchit l’atmosphère. Qu’importe, Gordon était bien équipé : son épouse Mary avait veillé à ce qu’il mette son épais gilet en tweed sous sa veste ; il portait bien sûr son incontournable casquette.

Gordon Mc Homorn était reporter au « Scotsman », hebdomadaire plutôt libéral créé en 1817 par l’avocat William Ritchie et le juriste Charles MacLaren, en réponse aux journaux d’Edimbourg ultra-conservateurs de l’époque. Il était aussi correspondant du « GlasgowHerald », un hebdomadaire économique propriété de Georges Outram ; ce journal avait été fondé en 1783 sous le nom de « Glasgow Advertiser » et puis, de reprise en reprise, de main en main, était devenu ce qu’il était aujourd’hui : le plus important journal d’Ecosse. Mc Homorn était enfin et surtout précepteur des deux garçons de Sir Mulligan, Tom et Jerry ; à ce titre il assurait leur éducation, il était chargé de leur enseigner les sciences, les mathématiques, l’histoire et la géographie. Sir Mulligan et son épouse se chargeaient de leur enseigner les bonnes manières et le savoir être, à défaut du savoir faire.      

Aujourd’hui, Sir Mulligan l’avait invité à une partie de golf et il allait y retrouver son ami Walker qu’il avait connu à l’université.

Universite saint andrews

L'université de St Andrews

Robert Walker habitait à Edimbourg. Il pratiquait le golf régulièrement sur les links du Leith, mais aimait bien le parcours de St Andrews, beaucoup moins fréquenté ; il était maître distillateur à la Glenkinchie, une distillerie fondée en 1820 qui était située à une vingtaine de miles au sud d’Edimbourg ; la distillerie produisait un excellent single malt, mais  approvisionnait aussi des assembleurs dont le principal n’était autre que Johnny Walker, cousin de Robert, qui commercialisait dans son épicerie de Kilmarnock, au sud de Glasgow, le fameux Walker’s Kilmarnock whisky. 

Tout en marchant, Gordon regardait les clubs qu’il avait en main ; fidèle à son habitude, il avait pris une série réduite à 6 clubs, comme d’ailleurs la plupart des joueurs ; il n’avait pas  emmené son « playclub », ce driver avec lequel il avait souvent du mal à jouer ; il avait décidé de faire ses mises en jeu avec son « grassed driver » qui lui permettrait de lever la balle plus facilement ; il avait aussi emmené deux des trois « scrapers »de son grand père, à savoir le « baffing spoon » afin d’affirmer ses coups punchés, et le « long spoon » pour les long coups de fairway ; son « niblick » évidement, pour sortir des roughs épais et des bunkers, son « putter » lesté et son nouveau « driving putter » qui allait lui servir pour les petites approches roulées. Il avait bien sûr glissé dans les poches de sa veste quelques tees et trois balles « plumeuses ».

 Au grand désespoir de son père, John Mc Homorn Junior, Gordon ne sera jamais champion de golf mais à 35 ans, il n’en demeurait pas moins un honorable joueur.

Le chemin descendait maintenant vers le golf ; au détour d’une courbe, proche des dernières maisons de la cité, le club house apparut ; c’était une très belle construction réalisée en 1840. « Quatre ans déjà », pensait Gordon en se rapprochant du bâtiment.  

« Hello Gordon » lui lança une voix amicale. C’était Allan Robertson. Allan était né à St Andrews en 1815, cinq ans après Gordon, et avait fait du golf sa passion ; toutes ses journées étaient marquées par le golf ; il avait acquis la réputation d’être le meilleur fabriquant de balle en plume, et depuis quelques années , il travaillait régulièrement sur l’Old Course, si bien que, depuis peu, il avait été désigné « gardien des links ». C’était le premier et le meilleur joueur professionnel d’Ecosse ; il fut en tout cas le premier à ramener une carte de 80 sur le parcours de l’Old Course.

12 allan robertson

Allan Robertson

« …Morning » lui répondit Gordon. Pour son père Mc Homorn Junior, Allan était un peu le « fils » à qui il avait pu inoculer le virus du golf.

« Vous jouez avec qui, ce matin, Gordon ? » répliqua Allan, en lui serrant chaleureusement la main.

« Je suis invité avec Walker par Sir Mulligan ; nous allons partir vers 8 h »

« Oui, je l’ai vu arriver, eh bien bon courage mon ami, je vous souhaite une bonne partie, attention, vous allez avoir le vent de face à l’aller ! On se retrouvera peut être en fin de matinée ; pour ma part, je donne une leçon à un futur golfeur belge, Félix Gibot » 

Oh my !  lança Gordon « ils seront bientôt meilleurs sur le continent que les anglais, ce n’est pas pour me déplaire ! »

« Savez-vous si les caddies sont arrivés, Allan ? »

« Ils sont là, Gordon ! »

Effectivement la troupe de jeunes garçons était bien devant la porte du club house ; Gordon demanda tout de suite à Jim s’il était disponible pour l’accompagner et l’affaire fut conclue immédiatement ; Jim était un tout jeune rouquin de 12 ans qui adorait courir derrière la balle dès qu’elle avait été tapée, même avec 2 ou 3 clubs dans chaque main ; Gordon appréciait sa disponibilité et son enthousiasme. 

En confiant ses clubs à Jim, Gordon remarqua Sir Mulligan qui sortait de l’écurie d’où il venait d’héberger son cheval, chose qu’il ne laissait à personne le soin de faire. Sir Mulligan était magistrat à St Andrews, où il avait pris la succession de son père ; il habitait une magnifique résidence dans le quartier de l’université ; comme d’habitude il était venu avec son « Hansom cab », superbe cabriolet qui portait le nom de son concepteur, Joseph Hansom, architecte anglais du Leicestershire.

« Hello Mc Homorn, déjà sur le pied de guerre ? Vous avez bien raison, car vous aller souffrir, mon brave, je suis en pleine forme ce matin.» rigola-t-il.

« Good morning, Sir, je vais très bien moi aussi, alors méfiez-vous, nous n’allons pas vous laisser gagner tous les trous ! » répondit Gordon.

« Je m’attends à une partie serrée, c’est la raison pour laquelle j’ai demandé à David Anderson de m’accompagner, bien qu’il ne soit plus caddy ; il a fini par accepter, je vais le rejoindre… à tout de suite Mc Homorn ». Sur ce, Sir Mulligan s’éloigna.

David Anderson était un personnage incontournable de St Andrews ; il était né en 1819 et fut très longtemps caddy sur l’Old Course ; il avait abandonné cette activité depuis quelques années pour se consacrer à la fabrication de balles plumeuses et depuis peu à celle de « clubmaker ». Excellent joueur, il n’allait pas manquer de conseiller habilement Sir Mulligan. 

Sous les yeux de Jim le jeune caddy, et de David Anderson, Sir Mulligan et Gordon faisaient des exercices d’assouplissements et des mouvements de swing quand Robert Walker arriva.

« On reconnait tout de suite le golfeur d’Edimbourg » s’exclama Sir Mulligan.

Effectivement, Robert avait endossé la veste rouge, il portait également le chapeau et la cravate. Après s’être chaleureusement saluée, la petite troupe se dirigea vers le premier départ en terminant leur conversation.

« Comment vous êtes venu ce matin, Bob ? » demanda Gordon.

« C’est mon cousin Johnny qui m’a amené ici ; il est à Edimbourg depuis hier soir, avec sa voiture, car il doit rapporter des fûts de whisky à Glasgow demain ».

« Je peux vous ramener à Edimbourg cet après midi, si vous le souhaitez, je dois m’y rendre » ajouta Sir Mulligan.

« C’est avec plaisir, Sir » répondit Robert.

« Dites Robert, vous ne prenez pas de caddy ? » s’étonna Gordon.

« Eh bien non, mon cher ami, d’abord je ne connais pas bien les caddies de St Andrews, ensuite je suis avec des gentlemen de bonne compagnie qui vont me guider si besoin est, et surtout, comme vous avez pu le constater, je porte mes clubs dans un sac adapté ; cette année, il y a deux ou trois bourreliers à Edimbourg qui essayent de confectionner des « sacs fusils » dans lesquels on peut glisser ses clubs, je vais voir ce que cela donne».

« Vous y êtes, Gentlemen ! » annonça David Anderson en arrivant sur le premier départ.

11 st andrews cathedral

La cathédrale de St Andrews

 

A SUIVRE ...

Commentaires (1)

Patrick
  • 1. Patrick | 07/12/2018
Mr Homorn, Felix Gibot, ... ca me rappelle quelque chose, mais quoi ???
Bravo Bernard, vivement le prochain épîsode
Patrick

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